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Manifestation gilets jaunes: « Il existe une stricte différence entre ce que les chaînes de télévision en continue diffusent et la réalité » (Ambassadeur Xavier Lapeyre De Cabanes)

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On le sait tous, l’actualité en France ces derniers temps est marquée par la manifestation des gilets jaunes. Ces manifestations qui drainent des milliers de français dans les rues ont un écho qui va très loin des frontières de l’hexagone et parfois même, elles alimentent les débats. Pour avoir la lecture de l’Ambassadeur de France au Burkina sur cette situation, www.libreinfo.net a sollicité cet entretien avec son Excellence Xavier Lapeyre De Cabanes. Nous vous proposons la première partie (1/4) ce jeudi 4 avril. Ce vendredi 5 avril, vous pourrez lire la deuxième partie consacrée au sujet du FCFA avec des explications bien plus que tranchées.

Libre info.net (Li) : Quelle lecture socio politique faites-vous de la manifestation des gilets jaunes en France ?

Xavier Lapeyre De Cabanes (XLDC) : Le mouvement des « gilets jaunes » et les violences, dont il s’accompagne, ont débuté le 17 novembre 2018 en réaction à l’augmentation de la taxe carbone à la rentrée dernière. Pour le rappeler à vos lecteurs, en France, la taxe carbone est un impôt environnemental direct, proportionnel aux quantités de dioxyde de carbone (CO2) émises lors de la production ou de l’usage d’une ressource, d’un bien ou d’un service.

Le principe de la taxe carbone est simple. Plus un produit émet de gaz à effet de serre (ou d’équivalents CO2), plus il est taxé. C’est une application directe du principe « pollueur-payeur ». Un des principaux exemples de taxe carbone est la taxe sur les carburants et combustibles fossiles, appliquée en France depuis 2014. Selon les modalités de prélèvement, la taxe carbone peut être payée en amont sur l’utilisation des énergies fossiles, ou en aval par le consommateur. In fine, cela aboutit à un renchérissement du produit, donc à un surcoût pour le consommateur.

L’objectif est de l’inciter à ne pas consommer ce produit, pour passer plus vite d’une source d’énergie très carbonée (l’essence faite de pétrole) à une autre (l’électricité d’origine hydraulique, solaire, nucléaire… par exemple). C’est ce qu’on appelle la transition écologique demeure une priorité du Gouvernement français. Les Français, dans leur large majorité, y sont attachés, conscients des dangers du dérèglement climatique. Toutefois, certains citoyens ont eu l’impression qu’ils ne pouvaient pas échapper à cette taxe car ils ne disposaient pas des moyens de se passer d’essence et ont estimé qu’ils étaient plus taxés que d’autres. Les questions auxquelles nous devons donc répondre, ce n’est pas seulement « Est-ce qu’on augmente ou pas la taxe ? », mais « Comment est-ce qu’on accompagne mieux les Français dans la transition écologique ? ».

Les contributions au Grand débat national, lancé par le Président Macron, permettront certainement d’apporter des réponses à cette question. Les Français se sont d’ailleurs largement exprimés, et en particulier sur les thèmes de la fiscalité et de la transition écologique, l’un des quatre thèmes du Grand débat.

Libre info.net : Le samedi 16 mars, le monde entier a été témoin de manifestations violentes avec des casses, des incendies et des pillages de certains lieux symboliques à Paris. Faut-il voir l’expression d’une société française en crise ou tout simplement un rejet de la politique du Président Macron ?

XLDC : Le 18e samedi de mobilisation des gilets jaunes a été en effet marqué par d’importantes violences à Paris, en particulier autour des Champs-Elysées.

Revenons, si vous le voulez bien plus globalement sur les manifestations de ces dernières semaines. Elles ont donné lieu à des violences inacceptables, avec des répercussions graves pour les villes, et pas uniquement Paris, leurs commerçants et leurs artisans, tant en matière économique (perte de chiffre d’affaires allant parfois jusqu’à – 60%) que d’ordre public.

Les militaires de l’opération Sentinelle mobilisés ont permis aux forces de sécurité intérieure de se concentrer sur le maintien de l’ordre, que les militaires n’ont assuré en aucune manière eux-mêmes.

Cela a déjà pu être le cas depuis le début des manifestations de « gilets jaunes ». Ainsi, depuis plus d’un an, le dispositif de l’opération Sentinelle permet de venir en appui aux forces de sécurité intérieure dans les zones où cet appui est identifié comme prioritaire.

Les militaires sont donc restés dans la stricte mission de l’opération Sentinelle, à savoir les patrouilles mobiles et la protection des personnes dans des zones prioritaires, comme c’est le cas aujourd’hui.

Les actes de violences commis, immeubles et kiosques incendiés, boutiques pillées, jets de pavés sur les forces de l’ordre, etc. ne sont pas le fait de simples manifestants, mais de pilleurs, d’incendiaires et de criminels ». Aucune cause ne justifie cette violence.

A titre de comparaison, le même jour, le samedi 16 mars, la différence entre la manifestation violente et la marche pour le climat est saisissante. Cette manifestation pour le climat a réuni plus de quatre fois plus de personnes, à l’échelle nationale, 145 000 contre 32 300, sans aucun incident à déplorer.

Je tiens à ajouter que nos forces de l’ordre et nos pompiers ont fait face avec une détermination et un sang-froid exceptionnel, qui ont permis d’éviter le pire ; une femme et son bébé qui étaient bloqués au deuxième étage de l’immeuble incendié sur les Champs-Elysées ont notamment pu être sauvés. Le Premier ministre s’est rendu sur place pour leur exprimer son soutien.

Enfin, ce n’est pas par une hausse de la fiscalité que l’on répondra à la colère qui s’est exprimée ces dernières semaines. Encore une fois, l’enjeu essentiel, c’est d’accompagner les Français dans la transition écologique.

Libre info.net : Ces manifestations ne ternissent-elles pas l’image de la France au point de remettre en cause son leadership dans le monde et notamment en Afrique ?

XLDC : Il existe une stricte différence entre ce que les chaînes de télévision en continue diffusent et la réalité de la contestation sociale en France. Le mouvement des « gilets jaunes » a pu dans les premières semaines de mobilisation représenter l’expression d’une certaine réserve envers le gouvernement, une colère populaire compréhensible, surtout sur la question de l’augmentation du prix du carburant à la pompe. Mais ces dernières semaines, le mouvement s’est engagé dans une voie violente, qui passe outre la non-autorisation par les pouvoirs publics de manifester, pour des raisons d’ordre public.

Ces manifestations ne ternissent pas l’image de la France dans le monde et notamment en Afrique. Je crois plutôt que c’est l’image du mouvement des « gilets jaunes » qui ressort écornée de ces intenses moments de violences urbaines.

L’une des réponses apportées par le gouvernement, sous l’impulsion de la présidence, a été l’organisation du Grand débat national. Le Président Emmanuel Macron a ainsi souhaité donner la parole aux Français. Il a voulu écouter ce que tous les citoyens Français, sans distinction, avaient à dire, même ceux qui n’ont pas l’habitude de manifester. La communauté française au Burkina Faso a d’ailleurs tenu deux séances d’échanges et de débats, ici à Ouagadougou, dans le cadre de ce Grand débat et une à Bobo Dioulasso. Tous les Français, de France comme de l’étranger, ont donc pu y participer.

Au final, le Grand débat national a intéressé l’ensemble des citoyens ; pour preuve, nous enregistrons plus de 2,6 millions de visiteurs uniques sur le site du Grand débat ; près de 600 000 inscrits ; plus d’1,7 millions de contributions ; plus de 10 000 réunions locales ont été organisées.

Entretien réalisé par :

Albert Nagréogo et

Siébou Kansié
Libreinfo.net

A lire ce vendredi 5 avril la deuxième partie sur la France et le Franc CFA

SENS Appel à contribution militante et population

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