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Réinsertion sociale des radiés: retour sur une série de mutinerie de 2011  

Mutinerie de 2011/photo d'illustration

Le conseil des ministres de ce mercredi 3 juillet 2019, a validé les recommandations faites par le HCRUN (Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale) et a instruit les ministres concernés à leurs mises en œuvre. Ainsi, le gouvernement marque son accord pour la réinsertion sociale des 633 militaires et policiers radiés suite aux mutineries de 2011. Nous vous proposons un bref rappel des faits ayant conduit à la radiation de ces mutins.

En mars 2011, une série de  mutinerie sans précédent éclate au Burkina Faso. Très vite, elle gagne plusieurs corps de l’armée burkinabè (militaire et policier). En mai, la contestation se maintient et se propage. Dans la nuit du 22 au 23 mars 2011, des militaires qui ne sont pas contents d’une décision de justice, qui condamnait cinq des leurs pour une rixe avec des civils, sortent des casernes à Ouagadougou. Ils libèrent les militaires détenus à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO).

Les premières rafales de kalachnikovs se font entendre le 22 mars vers 20 heures et durent toute cette nuit. Les magasins et les stations d’essence sont pillés par des mutins. Une jeune fille de 15 ans perd la vie dans ces tirs nocturnes et douze personnes blessées. Le calme revient le lendemain 23 mars, et les commerçants dont les boutiques ont été endommagées, ont barricadé les rues et entamé des manifestations.

Dans la nuit du 28 au 29 mars 2011, des militaires se mutinent dans tout le pays.  Simon Compaoré, l’ex-maire de Ouagadougou et cadre du parti au pouvoir est agressé à domicile par ces militaires révoltés.

Le 14 avril de la même année, une nouvelle mutinerie se déclenche au cœur de Kosyam. Le président Blaise Compaoré est inquiété, car ce sont des soldats de sa garde l’ex Rsp (régiment de la garde présidentielle) qui se révoltent. Ces soldats réclamaient le paiement d’indemnités non-versées et le départ de leur commandant. Les mutins mettent à sac le logement de Gilbert Diendiéré, chef d’état-major particulier de la présidence à l’époque . Ce mouvement militaire est très vite rejoint par des soldats de trois casernes de Ouagadougou. Ils pillent des commerces.

Le président Blaise Compaoré prend la fuite dans la nuit du 14 avril 2011, se réfugie d’abord dans l’ancien palais présidentiel à Ouagadougou, puis à Ziniaré, sa ville natale. Le lendemain 15 avril, très tôt le matin, les négociations ont eu lieu et ont permis de satisfaire les revendications des soldats. Dans la soirée du 15 avril, le chef d’état-major général des armées et le chef de la garde présidentielle ont été limogés .

Le gouvernement Tertus zongo est dissout. Le 18 avril 2018, Beyon Luc Adolphe Tiao est nommé premier ministre du Burkina alors qu’il était ambassadeur en France . Et dans son gouvernement formé le 21 avril, le président du Faso s’attribue le ministère de la défense, renouvelle toute la chaîne de commandement au sein de l’armée. Malgré ces mesures l’agitation perdure et de nouvelles mutineries éclatent à Pô, à Tenkodogo, puis à Kaya les 16 et 17 avril.

À Bobo Dioulasso, la révolte des militaires du camp Ouezzin Coulibaly dure du 31 mai au 3 juin 2011. Cette émeute est suivie de pillage des commerces et occasionné des blessés chez des civils. Ce qui a provoqué une manifestation des commerçants qui ont saccagé la mairie le 2 juin 2011. Face à cette situation qui devenait inquiétante, des éléments du régiment de sécurité présidentielle (RSP), du régiment para-commando de Dédougou (RPC) et ceux de la gendarmerie nationale ont effectué une descente sur Bobo, et la mutinerie a été matée. Six soldats ont été tués lors de cette opération musclée. Chez les civils, la semaine de mutinerie a tué une jeune fille et blessé vingt-cinq civils.

La conséquence de ces mutineries dans les rangs des forces de défense et de sécurité, 633 éléments ont été radiés. Depuis lors, ces derniers ont entamé plusieurs voies de recours pour leur réintégration dans leurs corps respectifs. Ils estiment qu’ils ont été radiés de façon injuste.Des conférences de presse en passant par des marches de protestations, la saisie du médiateur du Faso, la rencontre avec le Mogho Naaba etc.En 2015,après la chute du régime Compaoré,ils demandent la clémence des autorités de la transition. Celles-ci mettent en place le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) en 2015.

Après l’election du président Roch Kaboré à la magistrature suprême, le problème s’est encore posé. Et le Haut-conseil pour la réconciliation et l’unité nationale qui a été saisi par ces derniers, a produit un rapport qui a été transmis au gouvernement en octobre 2018.

Le lundi 14 janvier 2019 à Ouagadougou, ces  militaires radiés tiennent une conférence de presse pour rappeler au gouvernement le rapport du HCRUN les concernant :« Nous sommes à nouveau devant vous ce matin pour plaider notre cause et lancer encore notre cri de cœur, car nous avons nourri beaucoup d’espoir suite à la transmission et à l’examen du rapport du Haut-conseil pour la réconciliation et de l’unité nationale (HCRUN) par le gouvernement au mois d’octobre 2018 », déclarait Hervé Tapsoba, membre du bureau des militaires radiés à la conférence de presse.

À l’issue d’un conseil de cabinet à la primature sur la transmission et l’examen du rapport présidé par l’ex-premier ministre Paul Kaba Thiéba, le 23 octobre 2018,le porte-parole du gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou, avait fait une déclaration pleine d’espoir pour les militaires radiés en ces termes :« Des propositions intéressantes sont sur la table et le document a été examiné », disait-il. Il a ajouté « nous espérons que les semaines à venir, avec les indications des uns et des autres, nous aurons un document qui va être présenté au conseil des ministres avec une solution qui soit à la fois garante de la justice, de l’équité et qui tienne compte de la volonté manifestée du HCRUN d’aller vers la réconciliation et l’unité nationale ». Ces mots du porte-parole du gouvernement ont suscité un grand espoir chez les radiés.

Le conseil des ministre statue sur le dossier.

Au conseil des ministres du mercredi 3 juillet 2019, l’incertitude chez les 633 militaires et policiers radiés en 2011 est levée. Le conseil des ministres valide les recommandations faites par le HCRUN et instruit les ministres de tutelle pour la mise en œuvre. C’est une décision importante dans la vie de ces soldats mais aussi, un succès du HCRUN dont les recommandations sur ce sujet ont été acceptées au conseils des ministres. C’est l’un des premiers résultats publics de cette institution (HCRUN) depuis son installation. Cette décision du gouvernement marque le début de la réconciliation au Burkina Faso?

Siébou Kansié

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