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Sécurité au Sahel : « Au Mali, vous avez une arme pour cinq soldats en faction» (Soumaïla Cissé)

Soumaila Cissé, le chef de file de l’opposition malienne est l’invité de Libreinfo.net. Le natif de Tombouctou est un homme politique qui a occupé de hautes fonctions à la tête de son pays, mais aussi à l’international, en France et à l’UEMOA. Âgé de 69 ans, il a été quatre fois candidat malheureux à la présidentielle. Sa dernière defaite d’août 2018 contre Ibrahim Boubakar Kéïta, il ne  l’a toujours pas accepté contrairement à 2013 où il s’est haté de féliciter son challenger. Le deputé qui siége depuis 2013 continue de contester jusque-là les résultats de cette élection. Lors de son recent séjour à Bamako, Albert Nagreogo de la rédaction www.libreinfo.net a rencontré l’ex-candidat. Des questions sécuritaires en passant par le contexte socio-politique de ce pays, tout a été passé en revue.

Libreinfo.net : Bonjour M. Cissé! Quelle est la lecture que vous faites de la sécurité au sahel ?

D’abord, moi, je suis né à Tombouctou et de façon générale en 2013, je pouvais aller dans cette zone jusqu’à Gao sans problème. Ça, c’était en 2013 où le drapeau malien flottait à Kidal. Aujourd’hui, pour aller chez moi, c’est tout un problème. La dernière campagne électorale présidentielle, j’étais le seul candidat à avoir fait campagne dans la région de Tombouctou. J’étais obligé de louer un avion pour aller à Niafunké, à Goundamdéré. Mais entre Goundam et Tombouctou. 90 Km de route neuve, bitumée, mais j’étais obligé d’y aller par avion en 10 min de vol à cause de l’insécurité. Aujourd’hui, il y a des conflits intercommunautaires et on est au bord de la guerre civile dans le centre du pays entre Dogon, peulh, Bambara, etc. des choses que le Mali ne connaissait pas du tout.

Le Mali n’était pas le pays où il y a le Nord contre le Sud. Il y avait un brassage extraordinaire entre les maliens. L’insécurité est en train de se généraliser. Il y a énormément d’endroits où il n’y a pas d’administrations, de juges, d’écoles avec plus de deux millions d’enfants maliens qui ne vont pas à l’école, plus de 750 écoles fermées. Vous voyez, cette nouvelle gouvernance a atteint le Burkina, le Niger et aujourd’hui, l’ensemble du sahel commence à être embrasé. Il y a des djihadistes c’est vrai, mais il y a aussi du banditisme, de la mauvaise foi, de la mauvaise gouvernance de façon générale, la corruption. Au Mali, vous avez une arme pour cinq soldats en faction. C’est quoi ça, comme sécurité ? Donc le problème du sahel est devenu un problème très grave qui dépasse le sahel et devenu un problème mondial. Vous avez vu le nombre de militaires de la MINUSMA qui est au Mali ? Plus de onze mille ! Les soldats français plus de quatre mille, sans compter les forces armées maliennes et on y n’arrive pas.

Ça veut dire que “le tout” sécuritaire n’est pas une solution. Il faut plus de dialogue, il faut faire face aux problèmes des populations, chercher à comprendre qu’est-ce qui amène les gens à de telles situations. Il y a la pauvreté, le problème de répartition des pouvoirs car tout est centralisé et les gens ne sont pas consultés. Le découpage a été fait sans consulter qui que ce soit, même pas l’opposition, les partis politiques. Le gouvernement a envoyé des gens à Gao, à Tombouctou et à deux jours, ils doivent décider de tout. Ces gens parlent au nom de qui ? Une fois que les choses sont faites de la sorte, elles finissent par se gâter. Quand j’étais à l’UEMOA, en partant, j’ai laissé comme un testament ‘’ UEMOA, vision 2020’’ et à l’époque, déjà en 2011, j’ai réuni des cadres des pays plus des experts étrangers pour échanger sur la vision pour le sahel demain, c’est-à-dire, qu’est-ce qui peut arriver à notre pays demain ? Je vous assure que le scénario qui est arrivé au Mali, nous l’avons décrit dans les détails. Nous nous sommes demandé si un groupe terroriste s’empare d’un pays, qu’est-ce qui se passera ? Le document est sur internet. Nous avions proposé à l’époque, quatre choses : l’armée, la justice, les affaires étrangères, etc. mettez cela ensemble. Que les pays les mettent ensemble en mutualisant leurs forces pour faire face aux menaces qui peuvent arriver. Cela n’a pas été fait. A l’époque, j’ai invité tous les chefs d’Etats, les présidents des Assemblées nationales, la presse internationale, peut être que chacun de vous y était. Nous avons transmis le document à tout le monde et personne ne l’a lu. Est-ce que le document est toujours d’actualité ? Je n’en sais rien. Mais il faut une volonté politique plus forte ! Il faut que les gens se mettent ensemble et qu’on ne tourne pas en rond, qu’on discute et affronte les problèmes. Qu’on échange avec les populations, les principaux concernés, car c’est elles qui ont la clef et non une quelconque armée. Le problème n’est pas celui d’argent ou d’armes mais la question du dynamisme social, il faut parler aux gens pour qu’ils se comprennent et prennent des décisions ensembles.

Ce n’est pas ce qu’ils sont en train de faire à travers le G5 Sahel ?

Nous entendons de voir. Je suis comme Saint Thomas. Vous savez qu’à la dernière réunion (en Mauritanie), notre président n’y était pas et chaque fois, ça change, ça traine. Je pense que le G5 Sahel doit aller plus vite. Même si on n’a pas d’argent, les pays doivent se serrer la ceinture pour que nos pays existent d’abord. Il faut que nos pays existent. Nos pays sont au bord de l’éclatement, le Mali est au bord de la disparition et c’est ce qu’il faut empêcher à tout prix ; c’est plus important que tout, et cela doit être la priorité des priorités.

Vous dites que c’est plus important que tout, et dans le même temps, vous, en tant qu’opposition aujourd’hui vous êtes presque chaque semaine dans la rue. Est-ce qu’il n’y a pas de contraste entre ce que vous souhaitez et ce que vous faites ?

Non, il n’y a pas de chemin tracé. Pour que ça marche, il faut qu’on soit tous ensemble. Je vous ai dit que cela fait cinq ans que je demande un dialogue et le gouvernement me répond par des grenades lacrymogènes. Vous savez combien coûte une grenade lacrymogène ? Les soldats qui sont dans les rues pour réprimer, ils ont 4000/8000FCFA par jour. C’est du gaspillage d’argent. C’était plus facile de se retrouver dans une salle et d’en discuter au lieu de gazer les enfants, les frapper et les envoyer en prison. Je connais un jeune chanteur, Touré qui a été blessé le 2 juin alors qu’il était à moto. A l’heure où je vous parle, la fracture n’a pas encore été consolidée. Il est allé à l’hôpital, chez les guérisseurs, etc. Je crois que c’est une perte pour lui-même, une perte pour sa famille et pour l’économie du pays parce qu’il ne travaille plus. Vous avez dû voir la vidéo d’une jeune dame qu’on a frappée (lors de la dernière marche de l’opposition à Bamako le 8 décembre). Tout cela sert à quoi ? Ça règle quoi ? C’est rare d’avoir une opposition aussi consensuelle que la nôtre. J’ai dit à tous mes interlocuteurs européens, dans votre pays si on sort cinq cents personnes dans les rues contre le gouvernement, ce n’est possible qu’ils fassent ce qu’on a fait. On n’a pas cassé une branche d’arbre, on n’a pas cassé un feu rouge, on n’a pas brulé de voitures. Regardez ce qui se passe en France ! Quand on a une telle opposition, on a une chance et cette chance, il faut la saisir et non la radicaliser.

C’est la violence malheureusement qui appelle la violence. Pourquoi on va laisser nos enfants, nos femmes être frappés ? Ils ont des enfants, des femmes aussi. C’est dans cette façon de faire qu’on crée la violence, qu’on pousse les uns contre les autres. Nous, nous avons géré ce pays. Dans notre équipe, il y a plus de vingt anciens ministres ? J’ai géré ce pays pendant dix ans. J’étais à l’international, donc je suis conscient des enjeux ; je suis conscient des chemins qu’il faut pour nous sortir de ces difficultés. Au contraire, c’est une chance et cette chance-là, il faut la saisir. IBK, je le connais on est rentré dans le gouvernement le même jour. Il sait ce que je sais faire et je sais ce qu’il sait faire. Il sait là où je peux accepter et là où je ne peux pas accepter. Le premier ministre actuel, on se connait très bien et il vient me voir. Mais cela n’empêche qu’il faut savoir raison gardée, et ne pas jouer dans le cercle des hommes de la violence. C’est dangereux et ça l’est pour tout le monde. Ce n’est pas un chemin de victoire, ce n’est pas un chemin de solution, la violence.

Est-ce que vous comprenez justement leur attitude puisque vous dites que vous les connaissez bien ?

Leur attitude, est celle d’incompétence. Quand on est incompétent, on cherche des solutions de ce genre, on évite d’affronter des gens avec des idées et des arguments. Je leur demande qu’on s’asseye face à face, arguments contre arguments, idées contre idées, qu’on discute et qu’on trouve des solutions.

Nous sommes au lendemain (8 décembre 2018) d’une manifestation de l’opposition. Quel bilan faites-vous cette manifestation ?

D’abord nous avons été très surpris d’un arrêté du gouverneur qui interdit tout rassemblement, tout meeting, toute marche à l’intérieur de Bamako. C’est absolument contraire à la constitution du Mali qui autorise les manifestations depuis le début jusqu’aujourd’hui. Nous avons d’autant plus été surpris que depuis 5 ans que nous manifestons, il n’y a jamais plus eu de violence de notre côté.

Il s’agit de défendre les libertés chèrement acquises, et nous manifestons pour des raisons simples : nous manifestons contre la division du pays, votre collègue de Tombouctou sait de quoi je parle ; nous manifestons contre la violation des libertés démocratiques ; nous manifestons contre la vie chère, aujourd’hui à Bamako, tout le monde souffre, la vie est extrêmement chère ; nous manifestons aussi contre la violation de la constitution. Nous avons vu des modifications des termes, de délais de mandats, des députés ont eu une violation flagrante en matière de manifestation et de libertés démocratiques. C’est tout ça qui nous mobilise pour manifester et c’est ce que nous avons fait le 8 décembre 2018.

Ce qui voudrait dire que vous ne contestez plus les résultats de la présidentielle ?

Si, nous contestons les résultats de la présidentielle, nous n’avons pas reconnu le président jusqu’à présent. Nous ne l’avons pas reconnu parce que manifestement, la fraude est avérée et il a su. Moi qui suis au centre de la discussion, je sais tout. La communauté internationale vient nous voir pour dire effectivement il y a eu fraude, tricherie et qu’elle-même est intervenue pour éviter qu’Ibrahim Boubacar Keita (IBK) se déclare élu dès le premier tour. Nous contestons cela. Et nous contestons la première Institution malienne, ceci est une réalité. Nous sommes dans des groupements : FDS, COFOB, etc. qui avons pris acte.

Mais nous manifestons tous ensemble sur le minimum que je viens de vous citer. La vie chère, la division du pays qui est inacceptable, la violation de la constitution. Les éléments que nous avons mis en avant pour nous réunir, c’est la violation bien sûr des libertés démocratiques qui est extrêmement important et qui fait que nous nous retrouvons pour manifester et exiger cela. Ceci n’enlève pas nos différences sur certains points.

Déjà, il y a des élections législatives en vue. vous avez parlé tout de suite du prolongement des mandats, est-ce que vous pensez qu’il est nécessaire aujourd’hui de procéder à des reformes avant les législatives ?

Vous savez s’il n’y a pas de changement, il n’aura pas d’élections. En tout cas nous, nous ne sommes pas intéressés parce que nous savons que ce qui s’est passé, est en violation de toutes les règles. Vous savez, nous avons des preuves de milliers de bureaux de vote où tous les inscrits ont voté, il n’y a pas un seul bulletin vide. Tous les inscrits ont voté IBK. Ça dépasse l’entendement. Moi, je n’ai même pas mon associé qui a voté pour moi, ni même mon délégué ! Et ça, c’est inacceptable. Il y a plus d’un tiers de bureaux où je n’ai pas d’accesseurs. La violation est donc flagrante et le bourrage des urnes évident. Vous savez en moyenne dans les pays comme la France, on vote en 4 min 40s, au Mali, on a des milliers de bureaux où on a voté en 8 min, en 2 min. Ce qui veut dire quoi ? Bourrage des urnes. Nous avons tous les éléments de preuve dans les bureaux concernés. Nous savons le temps des votes dans ces bureaux et nous savons que ceci ne peut se traduire que par un bourrage des urnes. Si on doit faire les élections législatives dans les mêmes conditions, ce n’est pas la peine. C’est pour cela que nous exhortons le gouvernement et les autorités à ce qu’ils y aient des reformes pendant cette période où le report est obtenu.

Nous avons milité pour le report des élections législatives parce que nous pensons que c’est une période où il faut s’asseoir pour faire les choses. Vous avez un pays où c’est l’administration territoriale qui organise des élections d’un bout à l’autre, car la CENI ne sert à rien et ne fait rien, même pas le rapport, même pas de conférence de presse après les élections, ne proclame pas des résultats. Vous avez un pays où l’administration territoriale qui est chargée d’organiser des élections est en campagne avec le président candidat, où le premier ministre et les autres qui doivent être neutres, sont tous en campagne avec le président candidat. Où irons-nous avec ça ? C’est ce qui fait qu’on doit revoir les choses, il faut des reformes. Le Mali est le seul pays de la sous-région où il n’y aucune proportionnelle : au Niger, au Burkina, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, il y ‘en a.

Vous avez un pays où sur sept députés à Sikasso, même si vous avez 49,99% des voix, vous avez zéro député à l’arrivée, parce que c’est un système majoritaire à deux tours. C’est tout cela qu’il faut reformer. Quelle est la place de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) ? Quelle est la place de l’administration ? Quel mode de votation ? Comment impliquer les jeunes, les femmes pour qu’ils soient aussi présents à l’Assemblée nationale ? Il n’y a pas plus de 10% de femmes à l’Assemblée nationale malienne. Les jeunes ne dépassent pas cinq. Il faut revoir tout cela. Vous avez une cour constitutionnelle où il n’y a pas de recours, elle fait ce qu’elle veut. Et mieux, on n’a même pas les règles : elle peut décider d’annuler tel bureau, peut décider de vous éliminer. Vous ne savez même pas les règles pour aller au combat. Il faut des reformes réelles pour inciter les gens à aller aux élections. Sinon, c’est aller à l’abattoir pour faire exactement la même chose comme à la présidentielle, c’est-à-dire, le bourrage des urnes et un parti va ramasser tous les députés. Les maliens aujourd’hui, malgré qu’il (IBK) dit qu’il a gagné les élections à 70% ; le pays est bloqué et pourtant il a été reconnu par la communauté internationale et par ses pairs qui sont venus. S’il a été reconnu par tous ces gens, pourquoi le pays est bloqué avec des grèves partout, même à New-York ? Partout on dénonce la fraude. Ça signifie tout simplement que les résultats ne correspondent pas à la réalité des votes des maliens, et ils se sentent frustrés. Et cela pousse aux réformes.

A vous écouter si on doit faire des reformes, vous aurez un gros travail à faire. Quels sont les marges de manœuvre de l’opposition aujourd’hui pour pouvoir arriver à ces réformes dont vous parlez en ce peu de temps qui reste (moins de 6 mois) ?

Nous sommes prêts. Nous savons exactement ce que nous voulons. Je viens de faire un séminaire avec une soixante de cadres pour présenter nos propositions en matière de réformes institutionnelles, en matière de découpage territorial, en matière de système de lois électorales. Nous leur soumettrons les propositions faites par les cadres de l’URD (principal parti de l’opposition) à ce collège qui va statuer sur ces propositions en ayant un regard sur tous les segments de la vie institutionnelle. Nous savons ce que nous voulons et nous nous préparons à cela. Nous ne protestons pas pour protester. Nous protestons en travaillant et notre document est prêt et nos idées sont très claires. Si on nous suit, il y aura plus de jeunes et de femmes à l’Assemblée nationale, il y aura plus de proportionnelle et plus de découpage territorial plus intelligent que ce qui est en train d’être fait, c’est-à-dire un découpage purement tribal. Il faut sortir de cela, il faut unir la nation.

Mais est-ce qu’il ne sera pas plus judicieux de demander un dialogue avec le gouvernement ?

Depuis cinq ans je demande un dialogue. La dernière lettre que j’ai écrite au président date de mars 2018, où je lui disais que je voulais qu’on parle du centre du Mali où il y a des tueries, des bagarres intercommunautaires. J’attends encore la réponse. On veut une vraie démocratie, de vraies élections. Ce n’est pas parce qu’on est Africain qu’on doit se contenter du minimum en se tapant la main et continuer. Si on fait cela, on construit le pays sur du mensonge et le mensonge fini toujours par éclater. C’est la vérité qui construit, c’est la vérité qui fait avancer. Il y a des conflits aujourd’hui et nous ne les réglons pas jusqu’au bout. Il n’y a rien qu’on n’a pas documenté. Tout ce que nous avons dit, c’est scientifiquement vérifiable et sur la base des résultats affichés par le gouvernement lui-même. Même les simples allusions sont fausses. Et c’est la preuve de la manipulation. Vous avez un pays où vous trouvez dix-neuf mille voix officiellement non affectées, qui n’appartiennent à aucun des 24 candidats et qui ne sont pas des voix nulles. On ne sait pas où les mettre. Comment voulez-vous crédibiliser une telle élection ?

Vous avez parlé tout de suite des africains. Ce n’est pas parce que nous sommes des africains qu’on doit se taper les mains et continuer. L’exemple est un peu général, ce qui se passe aujourd’hui est la contestation des résultats. Nous l’avons vu en Guinée, au Gabon, en RDC Congo où il y a des élections à venir et qui font déjà la polémique. A votre avis, qu’est-ce qui fait que la démocratie souffre ?

Je crois qu’il faut une sincérité des acteurs, il faut y croire. Si on ne croit pas, on ne réussira pas. Il faut arrêter les tricheries et accepter humblement que quand on a perdu, on a perdu. Et quand on a gagné, on a gagné. C’est notre pays, ce sont nos pays. J’ai fait la preuve en 2013, où j’ai dit humblement que vous avez gagné, je n’en ai pas fait un problème. Mais il ne faut pas non plus accepter des tricheries. Je ne vais pas juger chaque pays qui a ses réalités, mais je peux parler du Mali et dans le cas du Mali, je peux prouver qu’il y a tricherie. Je pense que je ne peux pas tromper les maliens qui manifestent depuis trois mois un peu partout. Quand on voit ça, on doit se poser des questions. On gagnera tous à avoir un pays apaisé, démocratique où chacun à sa chance et peut donner ses arguments pour essayer d’être au pouvoir ou pas. On ne doit pas fermer les yeux pour donner place aux mauvais comportements qui se traduisent par la mauvaise gouvernance, des élections truquées, et un président qui travaille avec sa famille, ses amis et autres et laisse les membres du pays de côté. C’est ce qu’il faut éviter.

M. le président, vous êtes le chef de file de l’opposition. A la veille de cette élection présidentielle, nous avons vu des cadres maliens de l’opposition qui y sont allés en rang dispersé. Vous n’avez pas réussi à faire l’unité. Est-ce que cela ne veut pas dire qu’il y a un problème au niveau des opposants maliens ?

Mais non ! Les gens croient que c’est parce qu’on est opposition qu’on est tous uni. Ce n’est pas vrai ! On n’est pas un parti unique. Chaque parti de l’opposition a ses ambitions. Il ne faut pas enlever aux partis les ambitions. Les gens me disent à tout moment que vous n’avez pas pu rassembler, mais la majorité c’était pareil. La preuve est que l’un des ministres du président Ibrahim Boubacar Keita était candidat. Ils étaient même plus nombreux que nous ! Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est que la plupart de ceux qui étaient avec eux hier, sont aujourd’hui avec nous. Même des gens qui l’ont soutenu au deuxième tour sont avec nous, parce qu’ils ont compris qu’il est en train d’amener le pays dans le gouffre. Mais la politique est difficile car il y a des intérêts individuels, des intérêts de groupe, etc. C’est vrai qu’on n’a pas pu faire le plein, je le regrette.

Propos recueillis par

Albert Nagréogo
Libreinfo.net

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