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G5 Sahel : l’autre faiblesse est que vous avez quatre pays francophones, très liés à la France et un Franco-Arabe, la Mauritanie (Serge Daniel)

En marge de la 8e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (Filep), Libreinfo.net s’est entretenu avec le journaliste Serge Daniel, Directeur de publication de LA LETTRE CONFIDENTIELLE DU MALI, un bimensuel d’informations et d’investigations. Il est le correspondant de Rfi au Mali. Il a été le lauréat du prix du meilleur journaliste (presse écrite) et ensuite le prix Sebgo d’Or (nom de plume de Norbert Zongo) avec son article « Nord du Mali : ‘’un cerveau de feu’’ dans le ventre du sahel, au Filep 2019. Serge Daniel est très renseigné sur les questions de sécurité dans le sahel. Des questions sécuritaires à travers le G5 sahel en passant par la situation de certains otages, tout a été abordé dans cet entretien.

Libreinfo.net : Vous êtes à Ouagadougou dans le cadre du FILIP, la 8e édition du Festival International de la Liberté d’Expression et de Presse. Comment vous avez trouvé les travaux de cette 8e édition ?

Serge Daniel (S.D) : C’était bien, j’ai apprécié trois choses. D’abord c’est vraiment transversal. J’ai vu des journalistes ghanéens, des nigérians, j’ai vu quelqu’un qui venait du Kenya, j’ai vu des algériens. Alors il y’a ce rassemblement, ce foisonnement d’idée. Cet esprit de voir des journalistes venant de différents horizons se frotter les uns aux autres est très intéressant. La deuxième chose c’est par rapport à la thématique, c’est-à-dire la liberté de la presse, j’ai beaucoup apprécié la communication sur les radios communautaires parce que c’est la différence quand même entre nous et d’autres continents. Quand on dit que le Burkina Faso est un pays francophone, moi ça me fait rigoler, c’est faux. La langue officielle c’est le français mais tous les Burkinabè ne parlent pas français. Donc le rôle de ses radios communautaires c’est aussi et surtout de pouvoir informer les populations, les éduquer entre guillemet, j’ai trouvé ça extraordinaire. En revanche, je pense que le format des panels, où chacun intervient 5 minutes est à revoir. Il vaut mieux organiser des panels avec cinq personnes et quelqu’un est modérateur qui distribue la parole sur le thème de manière transversale en deux heures, je pense que ce serait plus agréable parce qu’en deux heures chacun pourra parler plus et il y aura plus un lien avec le sujet.

Libreinfo.net : Comment vous évaluez l’opérationnalisation du G5 Sahel ?

SD : Je vais peser quand même mes mots, le G5 Sahel pour moi fait du surplace, parce que ça ne fonctionnera pas pour deux raisons : d’abord il n’y’a pas ce mandat onusien qu’ils sont en train de chercher, il faut un mandat onusien pour dire que c’est une force internationale, c’est important ! La deuxième chose, c’est que des pays comme les Etats Unis ne souhaitent pas travailler avec le G5 Sahel mais veut faire du bilatéral, c’est-à-dire que nous allons discuter avec les Maliens, nous allons discuter de l’autre côté avec les Burkinabè, etc. donc ça dû prendre du plomb dans l’aile. Sur le plan organisationnel, nos armées seules ne peuvent pas régler aujourd’hui le problème. Je pense que ce n’est pas possible. Vous savez que le G5 sahel avait demandé à chaque pays de mobiliser dix millions d’euros pour la mise à niveau des troupes mais ça ne fonctionne pas, combien de pays l’ont fait ? Et puis l’autre chose, il faut savoir que ceux qui veulent aider le G5 Sahel comme la France ont également leur intérêt, les pays membres du G5 Sahel ne disent pas tout, par exemple, je sais de façon précise qu’il y’a eu des huis clos à Paris et ça été assez violent parfois. Il y a un ministre Nigérien qui a dit un jour à un sommet à huis clos aux pays du nord : Ecoutez quand la France dit par exemple qu’on vous donne un milliard, ce n’est pas un milliard de FCFA. On vous donne du matériel mais ce que nous souhaitons, c’est que ce matériel soit en bon état. Lorsque l’Arabie Saoudite décide de donner du pognon au G5 Sahel, les pays occidentaux disent que c’est à eux de gérer ce fonds. À Bamako, le G5 Sahel était obligé de créer un fonds fiduciaire pour dire non, votre pognon que vous nous donnez c’est en matériels mais le pognon que l’Arabie Saoudite donne, ce n’est pas à vous de gérer ce pognon. Il y’ a quand même des problèmes à l’intérieur. C’est pour ça je dis que le G5 Sahel fait du surplace. Vous avez vu que le PC opérationnel était basé à 600 kilomètres au nord de Bamako, c’est-à-dire à Mopti plus précisément à Sevaré. Après une attaque, le siège est revenu à Bamako au lieu de remonter 600 kilomètres plus au nord, ils sont redescendus à 600 kilomètres au sud, c’est un repli tactique. Il y’a une volonté des chefs d’état, il ne faut pas penser que les chefs d’état n’ont pas cette volonté mais on n’arrive pas à faire passer l’affaire par le chas d’une aiguille.

La force G5 sahel

Libreinfo.net : Comment vous appréciez l’administration du G5 sahel repartie dans au moins trois pays différents avec une présidence tournante ?

SD : Cela alourdit les choses, ce qu’il faut c’est une administration virtuelle. Vous pouvez avoir quatre responsables du G5 Sahel qui peuvent parler en vidéo conférence sécurisée, en une heure du temps le problème est réglé. Mais l’idée du G5 Sahel, c’est quand même la stratégie des frontières. Il n’est pas dit que les forces doivent pénétrer forcement dans le territoire de l’un et l’autre. Il faut sauter cette digue, si vous ne sautez pas cette digue vous ne pouvez pas réussir. Sur le terrain, vous avez le G5 Sahel, la Minusma, nos armées, l’armée Barkhane, on peut avoir une meilleure coordination de ces forces pour être plus efficace contre le terrorisme. Je le dis souvent dans le sahel, vous n’avez pas un millier de terroristes. Les terroristes n’ont pas d’hélicoptères, ils n’ont pas de chars de combat, ils n’ont pas d’avions, de l’autre côté vous avez plus de cinquante mille hommes avec des avions, des hélicoptères de combats, des chars mais on n’arrive pas à vaincre le millier d’hommes. Mais pourquoi ? Parce que c’est une guerre asymétrique et on refuse de prendre ça en compte. Il faut utiliser les moyens de l’adversaire sinon on ne pourra pas du tout les vaincre.

C’est pour ça j’ai toujours dit qu’avant de faire le G5 sahel, il fallait développer le G3, ce sont les pays du Liptako Gourma (le Mali, le Burkina et le Niger) qui constituent aujourd’hui de mon point de vu le ventre mou de la sécurité dans le Sahel. Ces trois pays possèdent déjà un outil de développement qui s’appelle le Liptako Gourma. Ils peuvent plus facilement régler leur problème de sécurité que d’être engloutis de mon point de vue dans un ensemble.

Libreinfo.net : L’élargissement du G5 Sahel est-il la solution ?

SD : Il y a deux choses, je dis il faut concentrer d’abord les forces de Liptako gourma (Mali,Burkina et Niger)mais noyer le G5 Sahel dans la Cedeao, il y a un avantage et un inconvénient. L’avantage permet de contourner le blocage juridique du G5 Sahel, puisque l’ONU ne veut pas donner un mandat international au G5 Sahel, si le G5 Sahel est englouti dans la Cedeao on a plus besoin d’un mandat international parce que les textes de la Cedeao permettent aux Etas de constituer une force commune, à l’époque il y’avait l’ECOMOG. Le deuxième avantage, le Nigeria entre en jeu parce qu’en Afrique de l’ouest nous avons trois forces terroristes : Aqmi, Boko Haram et l’Etat Islamique, le Niger par exemple a subi les trois forces. Le Nigeria, sur quatre habitants de la Cedeao, trois sont Nigérians, vous avez donc le poids démographique, le poids économique et le poids militaire, c’est intéressant. On peut contourner le vide juridique et de l’autre côté plus d’efficacité. Mais le problème va rester le même. C’est mobiliser les moyens, ils ont parlé d’un milliard ici à Ouagadougou, on aurait pu déjà mobiliser plus de la moitié si on voulait. Il faut arrêter de parler de moyens et dégager une stratégie.

Quand j’entends que le Mali a acheté un hélicoptère et lorsque ces appareils arrivent parader et puis je ne vois pas des autorités du Burkina ou du Niger, je dis mais faut mutualiser les moyens. Si le Mali doit acheter un hélicoptère, c’est de commun accord avec le Burkina et le Niger. Au moment où le Mali achète l’hélicoptère qui va fonctionner entre les trois frontières, le Burkina peut acheter des chars ou autres choses, arrêtons de dire que c’est une question de moyens c’est plutôt une question de stratégies. Au lieu de trois hélicoptères on achète un ici, ou les trois pays s’entendent pour acheter un hélicoptère.

Regardez l’Europe, la France et l’Allemagne aujourd’hui sont les moteurs de l’Europe. Quand vous savez ce qui s’est passé pendant la guerre entre ces deux pays et de les voir s’entendre, ça veut dire qu’il faut dépasser les choses.

Libreinfo.net : Est-ce que l’élargissement du G5 Sahel pourrait être une réalité ?

SD : Je pense que oui ! Parce que les Nigérians en matière de sécurité ne sont pas des rigolos, ils sont pratiques de mon point de vue. L’autre faiblesse du G5 Sahel, est que vous avez quatre pays francophones, très liés à la France et vous avez un pays Franco-Arabe, la Mauritanie. Si vous avez la Cedeao avec le Nigeria, la donne change parce que vous avez des anglophones.

Libreinfo.net : Est-ce qu’on peut lutter contre le terrorisme sans les forces étrangères comme Barkhane ?

SD : Le problème est que nos dirigeants ne disent pas tout temps ce qui se passe. La MINUSMA est au Mali sous un chapitre, la MINUSMA de commun accord avec le Mali n’est pas là pour combattre le terrorisme. Donc est-ce qu’on avait besoin de leur dire de venir ? Donc c’est de notre responsabilité quelque part, c’est à nous d’expliquer ce qui va se passer. Mahamat Saleh Annadif qui est le représentant de la MINUSMA au Mali, devant l’Assemblée Nationale a dit publiquement lorsqu’il a été chahuté par les députés, mais ce n’est pas moi qui nomme les préfets pourquoi vous voulez que moi j’envoie des gens là où il n’y a pas d’administration malienne ? Donc c’est notre responsabilité. Nos problèmes sont d’abord nos problèmes. Nous sommes d’abord responsables de ce qui nous arrive. Maintenant il est évident que si on veut vraiment être efficace il faut mieux coordonner de mon point de vue les actions des forces étrangères et des forces régulières. Il n’y a pas une bonne coordination entre les actions. On voit parfois des opérations de communication, où on voit les armées locales avec des soldats de Barkhane qui vont faire des opérations, on fait un communiqué et on s’arrête là. Mais il n’y a pas de véritables bonnes coordinations des actions sur le terrain. Pour moi c’est la responsabilité d’abord de nos dirigeants.

Libreinfo.net : Est-ce qu’en termes de renseignement les armées sont à la hauteur ?

SD : Vous vous trompez, nos armées sont à la hauteur. Le problème c’est l’exploitation du renseignement de mon point de vue. Je ne vais pas vous citer de pays, mais je sais par exemple qu’il y’a un pays du G5 sahel et membre du Liptako-gourma pour vous situer encore qui a acquis du matériel d’écoute dernier cri il y’a pas très longtemps. Le problème est qu’on n’a pas de personnel pour déchiffrer le message. Si on doit faire six heures ou dix heures d’enregistrement avant de réécouter une bande, les terroristes ont le temps de repartir.

Libreinfo.net : Comment vous appréciez la communication des armées du G5 Sahel ?

SD : Elle est catastrophique ! La communication est catastrophique malheureusement. Il faut organiser des séminaires entre journalistes et forces de sécurités. Ça fait cinq ans que je n’ai jamais appelé le chargé de communication du ministère de la défense au Mali parce qu’il ne répondra pas, parce qu’il te donnera une fausse information, donc ce qu’on fait on appelle toujours le terrain des opérations, il y’a toujours quelqu’un qui parle là-bas. S’il y a un attentat par exemple à Douenza, ou à Sevaré ou à Mopti, c’est là-bas qu’on appelle et non à Bamako ; parce que si vous voulez avoir la version du ministère, vous attendez ils vont faire un tweet ou ils vont publier sur leur page Facebook l’information.

Ils ont l’information mais ils ont peur parce qu’ils ne savent pas comment communiquer. Ils ont peur parce qu’ils se disent si je veux répondre à cette question qu’est-ce que je vais dire ? Par exemple vous voyez un communiqué de la DIRPA (direction de l’information de l’armée) qui vous dit « une attaque est en cours, des terroristes ont fait ceci, (ce sont des terminologies officielles), côté ennemi, bilan inconnu ». C’est un métier, la communication et ils ne peuvent pas, ils ne savent pas le faire. Dans d’autres pays, vous voyez dès qu’il y’a une première attaque, le porte-parole de la maison blanche arrive il raconte souvent des conneries mais il est là au moins parce qu’il a des éléments de langage qu’il faut. En fait les journalistes, plus vous les fuyez et ils se disent que vous êtes en train de cacher les choses.

Libreinfo.net : Le président nigérien et le Secrétaire Permanent du G5 sahel trouvent que Kidal constitue une porte ouverte pour le terrorisme ce qui complique davantage la lutte. Que faut-il faire avec Kidal ?

SD : Ce n’est pas le Niger seul qui pense cela. C’est-à-dire que le Niger dit tout haut ce que les autres pays pensent. Quand vous discutez avec les autorités du Burkina, elles pensent la même chose, vous discutez avec les autorités maliennes, elles pensent totalement la même chose, les tchadiens pensent exactement la même chose. Il faut préciser que le Niger est plutôt le porte-voix d’une opinion rependue dans les pays du sahel que Kidal c’est le nid, tout part de là-bas et tout repart là-bas. La situation à Kidal est simple, je pense que les français ont commis une erreur en 2012 lors de l’intervention en jouant mal le retour de l’armée malienne à Kidal. Cela a permis à des mouvements qu’on pensait être indépendantistes de s’installer à Kidal alors que si vous connaissez la typologie ou la nomenclature des groupes armés ou des tributs dans le nord Mali vous devez savoir qu’on ne peut pas parler de Kidal sans parler des ifoghas. Il y’a une erreur tactique je pense de l’armée française, à l’époque c’était Serval lorsqu’elle partait à Kidal. La deuxième chose c’est qu’il n’y pas eu de relève de Serval. Il n’y a pas eu de relève parce qu’il n’y a pas eu de combat entre les islamistes et Serval. Je me souviens très bien quelques semaines avant l’intervention j’étais à Gao et ce qui se disait dans le milieu des djihadistes est dès que les français vont arriver, ils vont repartir, donc il n’y aura pas de combat. Donc les forces alliées notamment Serval ne sont pas allées chercher à la fourchette, à l’escadron les djihadistes pour le combat. Donc ils ont eu le temps de se réorganiser.

Il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’humanité, la réunification d’un pays par le dialogue, ça n’existe pas. Aucune référence historique. Il y’a deux types de réunification d’après l’histoire : la réunification par la force, c’était le cas pour le Vietnam ou par l’effondrement du mur de Berlin. C’est par la gouvernance que je pense qu’on pourra régler le problème de Kidal.

Libreinfo.net : Parlant de la gouvernance, on a vu tout récemment la polémique à Bamako, des généraux milliardaires, qu’est-ce que vous en savez ?

SD : Il y a eu un démenti de l’armée parce que c’est un tract, ce n’était même pas un article de presse. Le ministère malien de la défense a commis une erreur monumentale, qui était de répondre à un tract.

Libreinfo.net : Les chercheurs l’ont déjà dit, la Mali constitue un laboratoire à ciel ouvert pour le Burkina Faso. Il y a des similitudes dans le mode opératoire des bourreaux au Burkina Faso comme au Mali, comment vous expliquez ces ressemblances sur le mode opératoire ?

SD : Votre problème au Burkina Faso c’est essentiellement l’Etat islamique parce qu’à Gao, à l’époque de l’occupation il y avait le MUJAO (mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest). C’est le MUJAO qui a fait sa mue et qui a fait allégeance à l’Etat islamique et donc qui en train essentiellement de détruire le Burkina Faso parce qu’ils ont une stratégie de frontière. Quand ils attaquent ici à midi, le soir ils vont dormir là-bas et ils attaquent le lendemain là-bas ainsi de suite.

Le Mali au départ est un entrepôt d’otages puisque si vous prenez la carte on enlevait les otages au Burkina Faso, au Niger en Mauritanie même en Tunisie pour les ramener au Nord du Mali, il y’avait discussion pour les libérer et ça a généré des fonds qui vont à 150 millions d’euro, des rançons payées par la France, la Suisse, l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, ceux qui n’ont pas voulu payer les rançons, on a tué les otages notamment les britanniques.

Ensuite après la crise de 2012 le Nord du Mali était moins l’entrepôt d’otages parce que les touristes ne se promenaient plus tellement dans la zone mais c’est quand même Al-Qaïda la base des problèmes. Le cas du Burkina est particulier parce que pendant longtemps je pense qu’on a pas bien identifié l’ennemi, on a pensé tout de suite que l’ennemi était telle personne ou telle personne on s’est rendu compte que c’est faux, que c’est n’est plus juste de penser que ce qui arrive au pays est la faute du régime précédent ou pas, c’est une stratégie de conquête du terrain qu’ils fondent avec un recrutement local. On a eu les témoignages pendant des fora où les gens sont venus dire dans des villages donnez-nous un de vos enfants pour le jihad et quand vous refusez on vous tue.

Libreinfo.net : Est-ce que vous pensez que la négociation peut être aussi une autre carte de sortie de crise ?

SD : les Américains, ils ont négocié avec les Talibans en Afghanistan. Il faut faire deux choses de mon point de vue : il faut continuer la pression en engageant les négociations, vous êtes obligés parce que c’est ça les principes de la guerre asymétrique. Ce ne sont pas des gens qui font respecter les principes d’une armée régulière, etc… Mais si vous voulez négocier, il faut être en position de force. C’est inévitable, négocier, n’est pas un signe de faiblesse. Mais il ne faut pas négocier en position de faiblesse. Vous savez le rêve de tout bon musulman c’est de faire le Jihad. Le jihad c’est un précepte de l’islam, eux ils ne sont pas des djihadistes, eux c’est un vernis délogé. Ils se cachent derrière ce que dit la religion pour commettre des atrocités. Donc la nécessité de pouvoir toujours entamer des discussions avec, il y a des canaux.

Quand ils traversent par exemple les villages au Burkina, au Niger au mali, ils remettent des messages à des villageois de remettre à l’état. On peut de la même manière leur envoyer des messages. Ils ont une particularité, je le sais parce qu’en 2012 j’étais au Nord du Mali sous occupation djihadistes bien sûr, quand ils vous disent de venir, ils ne vous tuent jamais. Là on a une possibilité de régler une partie des problèmes.

Libreinfo.net : Il y a longtemps on n’a pas de ses nouvelles, le docteur Elliott, l’Australien qui était à Djibo a été enlevé en janvier 2015. Est-ce que vous pensez qu’on peut retrouver ce monsieur ?

Dr Elliott, l’Australien qui était à Djibo en janvier 2015

SD : Il doit vivre, je connais un peu cette histoire, il doit probablement vivre. Ce que je sais par un canal privé il y’a des gens qui sont en train de négocier, je ne dirai pas plus, parce que ça ne va pas faciliter les choses, ce n’est pas moi qui négocie. Mais d’après ce que j’ai appris, il y a des messages de preuves de vie qui sont parvenus. Il y’a un canal de négociation en cours.

Libreinfo.net : Vous avez remporté le prix du meilleur journaliste (presse écrite) et ensuite le prix Sebgo d’or (nom de plume de Norbert Zongo). Qu’est-ce que ça vous fait de remporter deux prix à la fois dans le cadre de ce FILEP ?

Serge Daniel, lauréat du prix du meilleur journaliste (presse écrite). Il a obtenu le prix Sebgo d’or, au FILEP 2019 à Ouagadougou

SD : Je l’ai dit franchement, c’est d’abord la reconnaissance d’un homme qui s’appelle Henri Sebgo, c’est vraiment l’honneur, c’est lui qui peut réunir plusieurs centaines de journalistes. Enfin il m’était difficile parce que moi je dis généralement qu’il n’y a pas de spécialiste du sahel, je ne suis pas un spécialiste du sahel. Je peux être un peu familier. Depuis dix ans personne n’a mis pied au sahel, donc les experts qui vous parlent depuis New York, Paris, il y a certains que je respecte mais il y a beaucoup que je ne respecte pas, c’est-à-dire que les faits sont sacrés. Si vous voulez savoir ce qui se passe dans le Nord du Niger ou dans le Nord du Mali…, si vous n’avez pas des éléments que vous devez avoir, vous ne pouvez pas savoir ce qui se passe. Ce n’est pas des officiers ou des sources diplomatiques qui vont régler le problème.

Je ne vais pas faire la fine bouche, pour être connue par ses pairs, c’est quelque chose quand même d’important et moi je ne suis pas l’enceinte des cultures excusez-moi, je suis du Nord mais je suis du Sud si vous voulez. Ce prix me fait plaisir.

Propos recueillis par
Albert Nagreogo
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