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Ouagadougou : cimetière de Nagrin, une journée avec le « maire des tombes »

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Au cimetière de Nagrin dans l’arrondissement 7 de la ville de Ouagadougou se trouve un homme qui veille à la propreté, à la sécurité et qui assiste les éplorés à la recherche d’une tombe à leurs proches. Il s’appelle «  le maire des tombes » de son vrai nom Boukaré Pakmogdo. Pour s’imprégner de la « vie » à l’intérieur de ce cimetière, libreinfo.net a passé une journée de travail avec cet homme.

Par Issoufou Ouedraogo 

Cimetière de Nagrin, côté sud de Ouagadougou. 7H30 en ce mardi 27 février 2024. Un calme relatif règne.

A l’entrée, des tombes sont disposées pêle-mêle obstruant même le passage des visiteurs. Mais un peu plus loin, elles sont méthodiquement alignées avec des couloirs qui facilitent les entrées et les sorties.

8h. Un homme, la cinquantaine environ, fait son entrée dans le cimetière. Après un tour à pas feutrés des 15 hectares de superficie de ce lieu funeste, il prend place sous un hangar de 5 piliers. Des délégations se succèdent, les unes après les autres, pour lui expliquer leurs difficultés.

Boukaré Pakmogdo assis sous son hangar
Boukaré Pakmogdo assis sous son hangar

Boukaré Pakmogdo alias le « maire des tombes », est le maître des lieux. C’est un visage bien connu de ceux qui ont déjà inhumé un proche au cimetière de Nagrin. Il écoute attentivement les préoccupations des uns et des autres. Et il leur apporte des solutions.

9 h. Il reçoit un coup de fil d’une personne à la recherche d’une « dernière demeure » (une tombe, ndlr)  pour son proche décédé à l’hôpital de Tengandogo. Boukaré, portable à l’oreille, explique à ce dernier les conditions à remplir pour inhumer un corps au cimetière de Nagrin.

De cette conversation qui a duré quelques minutes, il ressort qu’au cimetière de Nagrin, un corps peut être enterré avec ou sans cercueil. Tout dépend des moyens financiers dont disposent les éplorés.

Une tombe au cimetière de Nagrin
Une tombe au cimetière de Nagrin

« Si vous avez des gens pour creuser, ils peuvent venir, je vais leur donner le matériel (pioche, pelle) et leur indiquer un endroit pour creuser la tombe» explique Boukaré. Il ajoute : «  Si vous voulez aussi, je peux trouver une tombe déjà creusée en fonction de votre bourse ».

A peine a-t-il fini la conversation, qu’un jeune homme accourt et se jette à ses pieds. Les larmes aux yeux, il lui lance un appel au secours : «  j’ai perdu mon épouse. Je suis juste de passage à Ouagadougou et la mort l’a fauchée … Je n’ai personne dans cette ville, ma femme est à la morgue…. »

Boukaré l’apaise  en ces termes : «  calme-toi, les larmes ne peuvent pas résoudre un problème, sois fort (…) nous allons ensemble trouver la solution». Et le «  maire des tombes » décide de s’en occuper.

Il mobilise son équipe. 1 h après, ses collaborateurs identifient une tombe pour la femme.

Boukaré et son équipe en train de vouloir creuser une tombe
Boukaré et son équipe en train de vouloir creuser une tombe

Puis Boukaré envoie le corbillard chercher la dépouille mortelle. La suite, l’épouse du jeune homme repose au cimetière de Nagrin.

Les offres de services…

« Cela fait 15 ans que je travaille ici. C’est mon bureau. Je n’ai pas de jour de repos ni de jour de fête » dit le «  maire des tombes ». Et depuis lors, il met à la disposition de ses « clients » des sépulcres à des prix variés. «  Cela peut coûter 350 000 F CFA, 250 000 F CFA ou 150 000 F CFA » explique notre interlocuteur.

Il précise : «  quand un client achète la tombe de 350 000 F CFA, c’est y compris les 5 dalles à 7500 F CFA, la barre de fer de 15 000 F CFA, le corbillard, le ciment à 3000 F CFA et le sable à 3000 F CFA. Les 50 000 F CFA qui restent sont destinés à l’entretien de la tombe. » 

Il dit mettre également des corbillards à la disposition de ceux qui en ont besoin moyennant, une petite contribution pour l’entretien.

« Le matériel comme les pioches, les pelles, de l’eau est gratuitement mis à la disposition de ceux qui désirent eux-mêmes construire la tombe de leurs proches » informe Boukaré Pakmogdo.

Propositions indécentes…

Le «  maire des tombes » raconte qu’il se rappelle une fois qu’une personne l’a contacté et lui a proposé des millions pour que « je lui donne de la terre d’un corps qui est mort par accident».

Il poursuit que : « d’autres veulent la terre d’un corps de bébé. Elles sont nombreuses ces sollicitations, je ne pourrai pas tout vous dire ». 

Il informe qu’il y a des gens qui fréquentent nuitamment le cimetière pour des rituels. « Une fois j’ai surpris deux jeunes en train de déposer un poulet et des colas sur une tombe ».

Il fait très attention aux reptiles qui pullulent dans le cimetière. « Je ne peux pas faire deux jours sans croiser un serpent », affirme-t-il.

Cimetière de Nagrin, l’exemple de propreté

Pour Boukaré, son combat est de donner un cadre de vie propre aux morts. Ainsi, avec des gants, des cache-nez et son matériel de nettoyage, son équipe travaille d’arrache-pied à offrir un cadre de vie propre aux défunts.

Boukaré explique qu’il a plusieurs collaborateurs qui sont à son service au cimetière de Nagrin pour rendre le lieu propre et agréable.

Nous avons constaté que des arbres sont plantés devant l’entrée principale du cimetière pour offrir de l’ombre aux visiteurs ; des toilettes entretenues et des poubelles déposées à l’intérieur comme à l’extérieur pour les ordures. « Le cimetière à un visage propre », témoignent plusieurs visiteurs.

www.libreinfo.net

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