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Portrait: Alizèta Welgo, une handicapée tisseuse qui rêve d’ouvrir sa propre entreprise de Faso danfani

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Le Burkina Faso vit sous des attaques terroristes meurtrières depuis 2015 avec des milliers de personnes déplacées internes. Les victimes doivent faire preuve de résilience pour surmonter de nombreuses difficultés. Libreinfo.net a rencontré l’une de ses victimes, Mlle Alizèta Welgo, le 18 mars 2023. C’est à Tenkodogo, au Centre-Est du pays, à environ 150 km de Ouagadougou, la capitale, que notre reporter a échangé avec la jeune orpheline de 16 ans, vivant en situation de handicap lourd. Mlle Alizèta a surmonté ses limites physiques pour se lancer dans l’apprentissage du métier de tisseuse. Elle dit caresser un rêve, celui de devenir cheffe d’entreprise.

Par N. Jules Nikièma

C’est sous un soleil ardent que je me suis rendu à l’atelier de tissage « Betabyiinga » situé au secteur 1 de Tenkodogo.
Ce principal centre urbain de la région du Centre-Est du Burkina, est situé à plus de 150 km de Ouagadougou, la capitale.

Dans une vaste cour d’habitation, bien clôturée, 15 apprenantes, des femmes et des jeunes filles, s’activent à tisser le pagne traditionnel bien connu, le « Faso danfani ».
Chaque apprenante, assise sur son métier à tisser, est concentrée. On entend, un peu partout, les claquements des pédales des machines à tisser. Certaines sont sous un hangar et d’autres à l’ombre de généreux manguiers disséminés dans la vaste cour.

Parmi elles, se trouve la petite Alizèta Welgo. Agée de 16 ans, elle est une personne vivante avec un double handicap à la fois physique et moteur. Elle présente une malformation au bras et à la jambe avec une déformation au visage. Elle s’exprime difficilement comme je vais m’en rendre rapidement compte.

Sous un voile rose, elle est en train d’achever, calmement, le tissage d’un pagne. Orpheline et vivant avec une tante, la jeune Alizèta est à sa deuxième année d’apprentissage dans ce centre. Elle me raconte sa journée, commençant le travail entre 6h et7h puis descendant à 17h.

Alizèta, un apprentissage difficile, mais un avenir prometteur.
« Au début, je ne connaissais rien. Mais, aujourd’hui, je sais très bien tisser » déclare-t-elle joyeusement.

Son rêve ? Devenir une tisseuse professionnelle et posséder sa propre entreprise. « Le handicap n’est pas une fatalité pour moi et n’empêche pas l’apprentissage du tissage » me dit-elle avec conviction.

Le centre a été créé pour accompagner les filles et les femmes désœuvrées. L’apprentissage y est gratuit m’assure la responsable du centre, Mme Bama Astride/Yougbaré qui m’a raconté l’histoire d’Alizèta, la jeune orpheline.
L’accueil d’Alizèta a été banal. Elle est arrivée à Tenkodogo suite à des attaques terroristes perpétrées à Bittou où elle aurait perdu son père et sa mère, ceux-ci ayant été portés disparus.

« Au tout début, elle bavait » se souvient Mme Bama. L’objectif, au départ, n’était pas l’apprentissage. Mme Bama poursuit : « A cause de son handicap, sa tante n’avait pas voulu l’abandonner toute seule à la maison de crainte qu’elle ne soit victime d’enlèvement d’enfant. Car sa tante allait à ses occupations dans la journée et ne revenait que tardivement le soir. Elle voulait qu’Alizèta soit auprès de ses camarades filles. »

C’est ainsi que la jeune Alizèta qui devait aider simplement les autres filles apprenantes, a commencé à s’intéresser, elle aussi, au métier à tisser. Mme Bamba dit apprécier positivement l’apprentissage d’Alizèta : « Elle a évolué malgré son handicap. »

En plus du tissage, les apprenantes bénéficient d’une formation en cuisine et d’enseignements sur la gestion hygiénique des menstrues. Elle souhaite qu’Alizèta bénéficie d’accompagnement afin de réaliser son rêve.
Mlle Firmine Kidbani, 17 ans, a été la première à encadrer Alizèta dès son arrivée au centre.

L’initiation au tissage n’a pas été facile se rappelle Mlle Kidbani : « Je l’ai initiée petit à petit dans les activités de tissage.»
« Aujourd’hui, la jeune Alizèta sait bien tisser et fait même la compétition avec nous, malgré son handicap » indique-t-elle.

« Alizèta n’était pas facile à supporter. Elle m’insultait et me boudait lorsque je l’obligeais à apprendre une activité ou lorsque je lui reprochais sa paresse »,se rappelle-t-elle.
Mme Bintou Welgo est la tante d’Alizèta. Personne âgée, elle gère un point de vente d’eau de boisson privé devant une maison d’habitation. C’est avec forte émotion, essuyant souvent quelques larmes qu’elle nous a raconté l’histoire d’Alizèta et de ses parents.
« Je ne savais pas qu’elle deviendrait quelqu’un » raconte-t-elle. « C’est en suivant les conseils de Mme Bama qu’Alizèta a été inscrite au Centre Bétabyiinga » se souvient sa tante.

« Je suis contente. Je ne savais pas qu’elle allait pouvoir apprendre le métier au regard de son handicap. Je n’y croyais pas. Mais, Dieu merci. » estime-t-elle, toute souriante.
« Je souhaite que Dieu bénisse son apprentissage et lui permettre de réaliser son rêve » conclut-elle.

Avant que je ne quitte le centre, Alizèta m’a présenté un vélo que lui a offert la responsable du centre en guise d’encouragement ; et elle a m’a présenté également quelques travaux réalisés sur sa machine à tisser pour me montrer sa maitrise du métier de tisseuse. La fin de la formation d’Alizèta est prévue pour 2024 et sera sanctionnée d’une attestation.

Lire aussi: Centre-Est/Tenkodogo : une coupure du réseau Internet perturbe l’opération d’enrôlement des agents de la Fonction publique
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