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Burkina Santé:Il faut demander aux adultes de contrôler leur tension artérielle qui est un tueur silencieux(Dr Maurice Ilboudo)

Dr Maurice Ilboudo,specialiste cardio-vasculaire à l'hôpital de Tengandogo
Dr Maurice Ilboudo,specialiste cardio-vasculaire à l'hôpital de Tengandogo

Le Burkina Faso a fait sa toute première opération cardio-vasculaire en avril 2019 à l’hôpital de Tengandogo. Une opération qui a donné de l’espoir au burkinabè.En effet,les maladies du cœur sont de plus en plus récurrentes et les spécialistes cardio-vasculaires invitent les dirigeants à prendre les précautions nécessaires pour offrir des solutions aux populations notamment en termes de formation humaine et de plateaux techniques. Libreinfo.net est allé à la rencontre du Dr Maurice Ilboudo spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital de Tengandogo,il fait partie de ces médecins qui ont opéré avec succès les patients du cœur en avril 2019 à Ouagadougou.

Propos recueillis par Siébou Kansié

Libreinfo.net: L’on se souvient encore qu’en fin avril 2019, vous avez participé à une première chirurgie cardiaque au Burkina avec succès à l’hôpital de Tengandogo. Comment cette opération s’est-elle passée ?

Dr Maurice Ilboudo:C’est une grande première dans l’histoire de la cardiologie et de la chirurgie au Burkina Faso. C’est une chose pour laquelle nous avons commencé à travailler depuis de longues années. Ça été un grand challenge étant donné que nous n’avons pas tous les éléments qu’il nous faut pour pratiquer ce genre de chirurgie de façon routière. C’est par le biais d’un certain nombre de conventions avec l’appui des autorités sanitaires et des partenaires parties prenantes au projet. Cette fois-ci, c’était avec la chaîne de l’Espoir et l’équipe de chirurgie cardiaque du Sénégal représentée par le Professeur Ciss. Il s’est agi des premiers pas de chirurgie cardiaque dans notre contexte. Généralement, on commence par corriger de petites malformations qui en une seule intervention guérissent le malade. C’était pour la plupart des enfants qui après l’intervention peuvent se remettre dans le circuit de la formation. Ça a été un gros challenge et tout le monde a donné de sa personne. Je tiens à rappeler qu’il s’agit non d’une seule opération mais de huit (08) opérations.

Comment vous êtes arrivés alors à faire cette opération aussi historique ?

Il s’est agit de mutualiser le matériel et les compétences qui étaient disponible à l’hôpital. Il a fallu que l’équipe de chirurgie de Dakar nous assiste avec des boîtes spécifiques de chirurgie et certains consommables dont nous ne disposons pas ici.

Cela voudrait dire que vous n’êtes pas indépendant du point de vue matériels pour mener une autre opération au Burkina ?

Nous ne sommes pas indépendants. Nous le serons lorsque l’institution mettra à notre disposition le matériel nécessaire.

De quoi souffraient exactement les patients que vous avez traités ?

C’était une mission qui avait pour but d’opérer une malformation cardiaque qu’on appelle la persistance du canal artériel. Lorsque le fœtus est dans le ventre de sa mère, le type de circulation qu’il a, croisé à la circulation de la mère n’est pas la même que quand il sort puisque c’est la mère qui fait les échanges pour les enfants. Dès que l’enfant inspire sa première bouffée d’air, cela entraîne certaines modifications de la circulation cardiaque de l’enfant avec la fermeture du foramen oral qui est un trou qui fait communiquer les cavités et la fermeture différé du canal artériel qui est un passage du sang. Dès que l’enfant sort, il faut qu’il se débrouille tout seul parce que le canal artériel doit se fermer à la naissance de l’enfant. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, ce canal artériel ne se ferme pas, on parle de persistance du canal artériel et de l’état physiologique, ça devient pathologique. L’intervention a donc consisté à fermer le canal artériel.

Est-ce que cette chirurgie est à portée de la majorité des burkinabè ?

Ça peut l’être dans les semaines à venir avec les différentes acquisitions, l’aide du ministère de la santé et des différentes autorités, un burkinabè qui souffre devrait pouvoir se faire opérer. Après, il faut savoir que ce sont des interventions qui ont un coût. Nous avons bon espoir qu’avec la caisse nationale d’assurance maladie et en poussant un peu plus les différentes réflexions, on devrait pouvoir prendre en charge les différents patients. Pour ce qui est des coûts, la chirurgie demande de la disponibilité en matériel. Sur le plan financier, en tenant compte du coût de l’opération, du séjour en réanimation, de la chambre d’hospitalisation, de l’hôtellerie et de tout le reste, ça va nécessiter entre 600 000 à 800 000 F CFA.

Quels sont les maux du cœur les plus répandus au Burkina Faso ?

Je dirai qu’à l’instar d’autres pays en développement, nous sommes un peu en transition épidémiologique. Ça veut dire qu’on rencontre désormais des maladies jadis réputées être des maladies des pays européens. On rencontre deux types de maladies en chirurgie cardiaque. On a les maladies congénitales et les maladies acquises. Pour les maladies congénitales, il s’agit essentiellement de malformations cardiaques, des défauts de fermeture de certaines parois ou de certaines valves du cœur qu’on diagnostique à la naissance. Pour les maladies acquises, il s’agit des maladies des vaisseaux du cœur. Ce sont des artères coronaires pour lesquelles on fait des pointages et des maladies de valves du cœur pour lesquelles il faut faire de la réparation ou une chirurgie de remplacement lorsque la réparation n’est pas possible.

Il est très courant d’entendre parler des AVC, qu’est ce qui cause cette maladie ?

Elle résulte de la perturbation de la perfusion sanguine du cerveau ; un ou plusieurs vaisseaux peuvent, à la faveur de nombreux facteurs, se retrouver bouchés ou rompus. La conséquence est que le territoire concerné se retrouve à dysfonctionner.

Quelles sont les précautions pour l’éviter ?

Il faut minimiser et contrôler les Facteurs De Risque (FDR). Parmi eux, il y a les FDR modifiables (Hypertension artérielle, Diabète, Hypercholestérolémie, Tabagisme…) et les FDR non modifiables (Âge…). La pratique de sport et une alimentation saine préviennent ce genre d’accidents. Après, il faut consulter régulièrement le médecin qui peut aider dans le suivi.

Croyez-vous à l’expertise médicale africaine quand on sait que certains patients préfèrent aller se soigner en Occident ?

Bien sûr, cette mission en est une preuve éclatante. Il s’agit là d’un exemple de coopération sud-sud. Cela montre que l’expertise existe. Ce qui nous manque c’est plutôt l’appui institutionnel ainsi que les moyens pour promouvoir cette expertise.

Qu’est-ce qui empêche les pays africains à se doter des plateaux techniques adéquats ?

Avant de parler de plateau technique, il faut parler des ressources humaines. Il faut promouvoir les ressources humaines, les envoyer en formation ; etc. Lorsque les ressources humaines auront atteint un bon niveau, il faut mettre en place le plateau technique. Le plateau technique est un endroit où il y a des commodités techniques pour faire le travail et pour cela, il faut des moyens qui doivent être mis à la disposition des agents de santé par les autorités. Il est vrai que ça ne se fait pas à la vitesse qu’on veut.  Grâce à la volonté politique, la chirurgie cardiaque est pratiquée en Côte d’Ivoire depuis les années 1970.Pour notre part, nous faisons le plaidoyer pour que plus de moyens soient alloués à la santé parce que les maladies cardiovasculaires sont les défis des 25-30 prochaines années. Selon une étude de l’OMS, les maladies cardiovasculaires vont représenter la première cause de décès dans les pays en développement devant le paludisme, le sida et la tuberculose. Qu’allons-nous faire pour nous préparer à cette échéance ? Tel est le sens de notre plaidoyer aussi bien auprès des autorités que de nos partenaires au développement.

Qu’est ce qui provoque les maladies cardiovasculaires ?

Il y a ce qu’on appelle les facteurs de risques. On peut citer l’âge en premier lieu. En effet, plus on vieillit, plus on s’explique à contracter ces maladies. Là on n’y peut rien puisqu’il s’agit d’un facteur de risque non modifiable. Il y a aussi l’hérédité : les personnes dont les ascendants ont des traces de ces maladies ont des chances de les contracter. Il y a aussi des facteurs de risques modifiables ; on peut citer entre autres l’hypertension artérielle, le diabète et le cholestérol, le tabagisme. Cependant, il faut noter que ces facteurs ne sont pas exclusifs. Par exemple si vous avez l’obésité et la tension, vous avez plus de chances de développer ces maladies que le sujet qui n’a que l’obésité seule. En somme une accumulation des facteurs de risques expose davantage aux maladies cardiovasculaires. La lutte contre ces maladies passe aussi par le contrôle des facteurs de risques.

Quels contenus faudrait-il mettre dans les messages de sensibilisation ?

Avant d’en arriver là, il faut savoir quel défi posent les maladies cardiovasculaires. Nous avons une structure au ministère de la santé qui s’occupe de la lutte contre les maladies chroniques non transmissibles. C’est un vocable qui à mon sens est trop large, et qui ne peut pas être efficace pour lutter contre les maladies cardiovasculaires. Ces maladies nécessitent un programme propre à eux. Il faut inculquer aux enfants et ce dès le primaire, aux règles d’hygiène comportementale et alimentaire(ne pas manger trop sucré ou trop salé, pratique du sport, etc). Pour les adultes, il faut leur demander de contrôler leur tension artérielle  qui est un tueur silencieux, la glycémie et le cholestérol et surtout surveiller que ceux qui ont les facteurs à risques ne basculent pas et enfin traiter ceux qui sont au stade avancé soit par la chirurgie cardiaque, la cardiologie interventionnelle, etc. Ce sont toutes actions menées de manière concertées qui peuvent emmener à avoir des résultats probants en matière de lutte.

Quels sont les problèmes auxquels les hôpitaux font face au Burkina ?

Nos hôpitaux souffrent de beaucoup de problèmes. D’abord du manque de personnel qualifié. En se référant aux ratios de l’OMS, nous sommes en deçà des normes de l’OMS. Nous souffrons aussi d’un manque de matériel adapté et de formations sanitaires. Par exemple l’hôpital Yalgado Ouédraogo a été construit à une époque où la ville ne comptait que 300 000 habitants. Maintenant elle en compte presque dix (10) fois plus. Il y a lieu aussi de motiver le personnel parce que le travail de la santé est beaucoup trop pénible.

Croyez-vous que dans un futur proche le Burkina Faso arrive à se passer des évacuations sanitaires ?

C’est notre souhait en tant que burkinabè et nous nous battons pour cela. Mais quand on veut que cette souveraineté sanitaire soit une réalité, il y a un chemin à prendre. Les pays du Maghreb l’ont fait. Le Rwanda a érigé la santé au rang de super priorité. Nous sommes aussi capables mais à condition de changer nos manières de faire.

Que pensez-vous des grèves des agents de santé souvent décriées par la population ?

C’est toute une communication qui a été menée pour faire croire que les agents de santé ne veulent pas travailler. Mais pour moi le problème est plus important. Tout le monde connaît les conditions dans lesquelles les patients sont pris en charge. L’agent de santé est déprimé de voir des malades couchés à même le sol. Le premier combat des agents de santé, c’est pour la dignité des patients. Ce combat doit être celui de tout le monde.

Que pensez-vous de l’épidémie à coronavirus ? Les systèmes de santé africains sont-ils prêts à faire face à cette situation ?

C’est une urgence de santé publique mondiale, et la coordination entre l’OMS et les tutelles nationales se doit d’être rigoureuse.Les populations se doivent de respecter les consignes données par les professionnels de santé. L’autorité se doit de communiquer efficacement par des points journaliers.

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